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Merci Thierry Henry- Partie 2/2- Le désamour des Francais

Manque de considération

Idolâtré outre-Manche, comme en témoigne la statue à son effigie trônant aux abords de l’Emirates Stadium, Henry, meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal et non britannique de la Premier League, a une relation nettement plus contrastée avec la France. Et puisque nul n’est prophète en son pays et malgré son statut de meilleur buteur de l’histoire des Bleus, il n’a jamais été reconnu à sa juste valeur dans son pays natal.

Ainsi, plusieurs épisodes ont jalonné sa carrière internationale et démontrer le fossé béant qui le séparait de « son public ».

 

La main contre l’Eire

 Vainqueurs à l’aller à Dublin (1-0), les Bleus sombrent au retour et voient l’Eire mener au score. Henry, quand à lui, passe à côté de son match et paraît parfois peu concerné.

Pourtant c’est grâce à lui que les Tricolores vont pouvoir se qualifier pour l’Afrique du Sud. Sur un long coup-franc, Henry contrôle le ballon de la main et sert Gallas qui marque de la tête (103e).

Il avoue par la suite, dans une sincérité totale, qu’il y avait bien main, un geste qui déclenchera un débat dans le monde du football mais qui surtout, éloignera définitivement l’attaquant du public français.

Pourtant c’était un geste de joueur, un geste d’homme passionné par le football, un geste altruiste, et de surcroit un geste qu’aucun pays possédant une culture sportive descente n’aurait le culot de critiquer dans de telles proportions.

Quelque temps plus tard, Luis Suarez, à la dernière minute d’un quart de finale épique contre le Ghana sauve son pays en repoussant la balle des deux mains sur sa ligne. Résultat Gyan rate le penalty et l’Uruguay va en demi-finale.

Suarez est élevé au rang de héros national quand Henry devient paria. La passion toujours la passion …

 

Sa dernière au Stade de France

 

Le 3 Mars 2010, un soir de match au Stade de France contre l’Espagne, l’Equipe de France se fait copieusement dominer par une formation bien ibérique supérieure.

Mais ce n’est pas le plus important, après un match terne Henry va céder sa place à la 65e minute, sous une bronca généralisée du Stade de France. Des sifflets nourris de la part d’un public sans passion, d’un stade sans âme et d’une population indéniablement caractérisée par la méconnaissance du football.

Pourtant en Equipe de France, Thierry Henry aura été un des leaders, souvent le meilleur joueur, mais toujours le buteur. Le buteur qui décante des matchs, le buteur qui fait lever les foules. Mais ça n’a pas suffi, pas suffit pour un pays qui manque cruellement reconnaissance pour ses légendes.

 

Un problème de société ?

 

Des motifs sont inventés quant à justifier le manque d’amour des Français pour leur attaquant vedette. Arrogant, individualiste pour sa manière de fêter ses buts, antipathique, et donnant peu d’interviews, Henry est rejeté par le système français. Puis Thierry Henry n’a pas la gueule, pas la gueule du mec sympa, pas la gueule du français moyen sympathique. A cet égard le peuple a fini par le rejeter. Le délit de sale gueule en France est toujours perceptible et il est révélateur de la société dans laquelle on vit.

Les exemples sont nombreux, et il est nécessaire pour nous de les dénoncer. La différence du traitement médiatique réservé à Benzema pour l’affaire Zahia (par ailleurs disculpé) et celui de Giroud découvert dans une chambre d’hôtel avec une Escort girl la veille d’un déplacement important à Manchester City est tout à fait critiquable.

Soyons clair, il est scandaleux de dramatiser les évènements et nous ne préconisons absolument pas le sur traitement médiatique de ces affaires mais seulement l’égalité des traitements.

Et les faits sont là, Karim Benzema subit cette affaire depuis plusieurs années maintenant, et aujourd’hui encore parmi les amateurs de football les plus populaires on pourrait entendre : « Regarder Benzema il se tape des mineurs Escort girl »

Mais aujourd’hui qui se souvient ou veut se souvenir des photos de Giroud, à part les tabloïds anglais ? La différence de traitement médiatique est un fait et il est avéré, la déduction du délit de sale gueule semble donc inévitable…

Cette différence de traitement est perceptible à tous les niveaux et encore cette semaine un fait a eu lieu et vient renforcer amplement cette thèse. Quand l’attitude de Benzema est toujours décriée, on le qualifie d’hautain et d’individualiste (tiens ça rappelle quelqu’un) alors qu’au contraire Giroud est encensé et élevé au titre de joueur exemplaire, on peut légitimement se demander quel traitement aurait été réservé à l’attaquant du Real Madrid s’il avait eu la réaction de Giroud cette semaine contre QPR. Quel aurait été le traitement médiatique si Benzema s’était relevé et aurait mis un coup de tête à un adversaire ? Nul doute qu’il n’aurait pas été le même, nous en prenons le pari.

Les exemples sont légion et surement le plus saisissant est celui du cas Nasri, défini comme pure petite racaille selon les Français, joueur unanimement désigné comme n’ayant aucun respect.

Mais quel ont été ses plus graves faits en Equipe de France ? Mettre l’index sur sa bouche pour répondre à des journalistes trop virulents ? Quel scandale ! La réponse n’était surement pas la bonne mais qui peut se mettre à sa place et s’avancer à donner des leçons quand personne ne sait quelle réaction chacun aurait eu face à ses attaques médiatiques successives ?

Admettons ! C’est une erreur, mais cela mérite-t-il le traitement de l’ensemble des médias sportifs et non sportifs qu’il a reçus ?

Prenons un fait comparable en tout point, en 2012 Griezmann avait fait une virée en boîte de nuit à trois jours seulement du barrage retour de l’Euro 2013 perdu (5-3) face à la Norvège. Attitude complètement réprimandable surtout quand le match se transforme en débâcle comme il l’a été.

Pourtant, aujourd’hui, Griezmann est dépeint comme le joueur modèle, sympathique et humble. Oui Griezmann à une gueule, la gueule d’un homme respectueux et agréable – et nul ne doute qu’il l’est-

Mais quel aurait été la réaction des médias si Samir Nasri se serait autorisé une petite sortie en boîte avant un match ? Aurait été il pardonné ? Aujourd’hui les médias ne parleraient pas du meneur de jeu comme « le joueur étant parti en boite avant un match » ?

La question mérite d’être posée mais la réponse paraît évidente.

Benzema et Nasri ont un autre point commun, encore plus étonnant. De plus en plus on les associe au bus de Knysna en Afrique du Sud. De plus en plus on peut entendre dans des bistros ou sur les réseaux sociaux que ces deux joueurs ont œuvré dans le bus et donc ont prouvé leur irrespect. Est-il utile de rappeler que ni Benzema ni Nasri n’était présent à cette Coupe du Monde puisqu’il n’était pas sélectionné ?

Mais à l’image de l’expérience réalisée par le réalisateur Christophe Nick * sur le lien entre immigration et délinquance la France du football associe souvent l’image néfaste d’un joueur et les épisodes les moins glorieux qu’il a vécu. Car la peur et les regrets régissent la société, les hommes associent la plupart du temps leurs deux craintes pour en former qu’une. Ainsi Nasri étant une racaille et Knysna de l’irrespect l’association des deux vient naturellement.



IWI

Le cas de Ribéry est légèrement diffèrent mais est révélateur du même problème.

L’ailier français, pilier de l’équipe de France, et indéniablement meilleur joueur de celle-ci depuis plusieurs années, n’a sans doute pas aimé le traitement médiatique dont il a été victime quand il était blessé avant la Coupe du Monde cet été, et a préféré se retirer de sa sélection assez tôt pour son âge. Les medias qui prédisaient à l’unisson une meilleure équipe de France sans lui, une meilleure cohérence et un meilleur état d’esprit.

Et nul doute, que son éloignement vis-à-vis de sa sélection, ainsi que celui de Nasri, d’Anelka, où le cas Henry ne sont pas juste des coïncidences sans aucun lien mais proviennent bien d’un véritable problème sociétal commun. Effectivement la France du foot est caractérisée par le manque de reconnaissance pour les personnages et pour les joueurs qu’ils possèdent .

En particulier , le public du Stade de France qui montre jour après jour , qu’outre le manque d’engouement qu’il dégage au cours des matchs , qu’il n’est tout simplement pas un public de football, mais un public de bourgeois avide de spectacle, plus digne de la Comedia del Arte , qu’un véritable peuple vibrant pour son équipe dans un stade tel la Bombonera de Buenos Aires .

Aujourd’hui, le football français ne semble pas particulièrement ému par cette fin amère , mais il n’est plus fâché comme en cette soirée de mars 2010. Dans quatre ans, puis dans dix ou vingt ans, il sera peut-être un petit peu plus sensible. Voire reconnaissant. Qui sait.

 

Peu importe les sentiments ambiants, Henry mérite bien une fête, parce que la France du football se grandirait en accordant ses honneurs, à un de ses enfants prodiges, qui fut que rarement très décevant sous le maillot tricolore.

L’Equipe de France reçoit le Brésil fin mars, et comme le destin fait que les grands  se rencontrent , Henry devrait profiter d’une soirée de printemps pour définitivement gravé son nom dans la lignée de ceux qui ont fait  la France du foot et sans doute un peu plus. Zidane Platini, Kopa et Henry.

 

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise fin. La fin c’est toujours injuste, sauf dans les films hollywoodiens

— Thierry Henry

 

*Pour rappel le réalisateur, dans une expérience, montrait la photo d’un homme blanc menaçant d’un couteau un homme maghrébin. Il demandait à un premier cobaye de décrire la photo à une deuxième personne qui ne l’avait pas vue et ainsi de suite. Très vite, l’homme agressif n’était plus blanc mais maghrébin. Cette expérience datait des années 1950 aux États-Unis. Elle mettait alors en scène un noir et un blanc. Dans 83 % des cas, le couteau changeait de main.

 

 

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